Martin Bäumle : Une fausse bonne idée

Martin Bäumle : Une fausse bonne idée

Pourquoi faire volte-face sur le nucléaire est insensé

En règle générale, le PVL s’oppose aux interdictions. Or, il se mobilise aujourd’hui contre l’initiative « Blackout », qui vise à lever l’interdiction des technologies nucléaires. Pourquoi ?

C’est faux. Il n’y a pas d’interdiction des technologies en Suisse. Dans notre pays, on mène des recherches dans le domaine de l’énergie nucléaire. Mais nous sommes contre les éléphants blancs !

Pourquoi le PVL s’oppose-t-il à la levée de l’interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires ?
Avec l’initiative « Blackout » et son contre-projet, on reconstruirait exactement les mêmes centrales nucléaires que celles que nous connaissons déjà aujourd’hui. Elles laisseraient derrière elles encore plus de déchets nucléaires hautement radioactifs pour des dizaines de milliers d’années, alors que nous ne disposons même pas encore d’un site de stockage sûr pour les centrales actuelles. Pour ces déchets nucléaires supplémentaires, nous devrions évaluer d’autres sites destinés à des dépôts en profondeur. Et encore un point essentiel…

Oui ?

L’enrichissement de l’uranium nécessaire à l’exploitation favorise la prolifération des armes nucléaires. C’est la raison pour laquelle même les pays émergents réclament des centrales nucléaires. À cela s’ajoute le fait que l’extraction de l’uranium est tout sauf propre. Mais surtout, nous ne pouvons pas nous prémunir contre le pire : une catastrophe nucléaire majeure. Il subsiste ici un risque résiduel qui ne peut être couvert par aucune assurance. La nouvelle génération de centrales nucléaires sans déchets dangereux, sans risque résiduel et sans lien avec les armes nucléaires, dont on parle sans cesse, est encore loin d’exister. Pourquoi donc devrions-nous vouloir des centrales nucléaires ?

Afin de combler les lacunes de production en hiver ?

De nouvelles centrales nucléaires arriveraient trop tard. Nous avons besoin dès maintenant de solutions sûres. De nouvelles centrales nucléaires seraient en outre trop coûteuses. Aucune entreprise ne construirait une nouvelle centrale nucléaire sans subventions massives et sans allègements en matière d’autorisations. Les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et le développement des capacités de stockage bénéficient d’un large soutien, sont déjà disponibles et fonctionnent. Les éléphants blancs ne fournissent pas d’électricité ! Nous devons nous concentrer sur ce qui est réalisable et mettre un terme à ces manœuvres de diversion dangereuses que sont les rêves de centrales nucléaires.

Pourquoi seraient-elles des rêves ?

Car personne ne construit une nouvelle centrale nucléaire sans bénéficier de subventions de plusieurs milliards. En effet, quiconque effectue un calcul économique rigoureux doit, dans le cas de l’énergie nucléaire, prendre en compte les risques d’un accident majeur pouvant entraîner des dommages s’élevant à des centaines, voire des milliers de milliards de francs. Si l’on fait le calcul correctement, cela entraîne des coûts supplémentaires d’au moins 5 à 25 centimes par kilowattheure, ce qui fait grimper le coût de revient réel de l’électricité nucléaire jusqu’à 40 centimes. Même sans assurance, comme nous le constatons actuellement de manière frappante en Grande-Bretagne, les citoyens devraient ici aussi payer un prix exorbitant – que ce soit via la facture d’électricité ou par le biais d’impôts plus élevés.

Mais si des hausses d’impôts se profilent, pourquoi les partis bourgeois sont-ils favorables à la construction de nouvelles centrales nucléaires ?

L’UDC et les libéraux-radicaux peuvent certainement expliquer cela très simplement. Je suis impatient d’entendre leur réponse. Une chose est sûre : la question du nucléaire revêt un caractère fortement idéologique. L’UDC a toujours été favorable au nucléaire et estime bénéficier d’un élan favorable grâce au conseiller fédéral Albert Rösti. Le PLR y était favorable pendant longtemps, s’y est brièvement opposé, puis s’est à nouveau prononcé en faveur de nouvelles centrales nucléaires.

Cela a changé avec l’arrivée d’une nouvelle présidence.

Exactement, le PLR mène une politique en zigzag. L’UDC, au moins, est cohérente. Les libéraux-radicaux me donnent le vertige.

Il y a 15 ans, Fukushima a marqué un tournant décisif dans la prise de conscience en Suisse.

Fukushima a profondément modifié l’opinion publique, mais aussi celle qui règne au Parlement. De la gauche au centre, en passant par le PLR, nous avons pris conscience que la technologie nucléaire actuelle n’a d’avenir ni sur le plan économique ni sur le plan écologique. Même un pays industrialisé moderne comme le Japon n’a pas su maîtriser les risques. Heureusement, nous ne sommes pas menacés par des tsunamis. Et grâce à de nombreuses mises à niveau, nos centrales nucléaires sont mieux préparées à faire face à de forts séismes que celles d’autres pays. Mais avant même Fukushima, j’étais déjà opposé aux nouvelles centrales nucléaires de la génération actuelle pour les raisons que je viens d’évoquer – et justement, cette nouvelle génération n’existe tout simplement pas !

Martin Bäumle, expert en énergie

Même notre voisin, la France…

… en effet, la France est une puissance nucléaire ! L’utilisation civile de l’énergie nucléaire n’a toujours été qu’un prétexte pour dissimuler et financer des intentions militaires. Et si l’on ne ferme pas les yeux sur cette réalité, la technologie en soi constitue déjà un problème. Sans même parler du risque de prolifération, c’est-à-dire de la diffusion et de l’enrichissement de matières radioactives. S’il existait réellement une technologie nucléaire qui ne présenterait plus tous ces inconvénients, le PVL serait prêt à en discuter. Mais nous ne participons pas à la construction de chimères qui coûtent des milliards.

Il reste le problème de l’hiver. Pendant la saison froide, nous risquons de connaître une pénurie d’électricité.

C’est pourquoi je suis favorable à ce que les centrales nucléaires existantes continuent de fonctionner tant que cela est techniquement possible et sûr. Nous pourrions peut-être atteindre une durée de vie totale de 70 à 80 ans pour ces centrales. Bien sûr, leur entretien et leur exploitation coûtent de plus en plus cher, mais cela reste tout juste finançable. Parallèlement, nous devons continuer à développer et à compléter les solutions alternatives.

Qui sont ?

Outre les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, les systèmes de stockage et la coopération avec l’UE, un certain risque hivernal pourrait subsister lors d’années marquées par des conditions météorologiques extrêmes, en cas de pénuries d’approvisionnement à l’échelle internationale ou en cas de guerre. Mais si nous avons effectivement abandonné les énergies fossiles et atteint la neutralité carbone, je considère qu’il est donc acceptable, lors des hivers rigoureux à partir de 2040 ou 2050, de mettre en service pendant quelques jours ou quelques semaines des centrales à cycle combiné au gaz, c’est-à-dire des GUD. D’ici là, celles-ci pourraient fonctionner progressivement avec des gaz renouvelables ou du méthanol renouvelable. Et ce, à un niveau de prix où les coûts de production en hiver seraient acceptables. C’est précisément parce que le prix de l’électricité devrait être plus élevé pendant la période de pénurie hivernale qu’une centrale GUD pourrait alors même constituer un projet rentable.

À propos de la rentabilité. Vous dites qu’il faudrait des subventions de plusieurs milliards. À combien s’élèveraient-elles ?

D’après mes calculs, les subventions devraient s’élever à au moins 60 %. De plus, elles devraient être accordées dès la phase de planification. Des études récentes vont dans le même sens.

Et l’assurance des risques ?

En cas de séisme majeur, nous craignons des dégâts pouvant atteindre 50 milliards de francs. En revanche, un accident nucléaire en Suisse entraînerait des dégâts réels s’élevant à plusieurs centaines de milliards, voire plusieurs milliers de milliards. En cas de catastrophe nucléaire majeure, personne ne serait en mesure d’en supporter les coûts, car de vastes zones risqueraient de devenir inhabitables pendant une longue période. C’est un risque qui doit tous nous inquiéter.

Était-ce là le mot de la fin ?

Je conclurais plutôt ainsi : pour toutes les raisons évoquées, la sortie progressive du nucléaire reste la bonne décision et revêt une importance capitale. Le débat actuel sur la construction de nouvelles centrales nucléaires est d’autant plus absurde que les alternatives sont déjà sûres, finançables et susceptibles de rallier une large majorité – et qu’elles sont prêtes à être mises en œuvre. Prenons l’exemple de l’énergie solaire, qui a été développée de manière si importante par les particuliers et les entreprises en quelques années seulement qu’elle couvre aujourd’hui déjà 15 % de la consommation annuelle d’électricité. Cette tendance doit se poursuivre et être complétée par un développement massif de l’énergie éolienne.

Mais d’un point de vue climatique, les centrales nucléaires seraient tout de même une bonne chose, n’est-ce pas ?
C’est vrai, mais seulement dans une certaine mesure. En termes d’émissions de CO₂, les centrales nucléaires obtiennent de meilleurs résultats que les installations de production à combustibles fossiles. Mais l’extraction de l’uranium, le retraitement des barres de combustible et leur stockage comportent justement des risques élevés et d’autres inconvénients. Il ne faut pas échanger un mal contre un autre. De plus, les coûts de l’approvisionnement énergétique diminueront globalement pour les consommateurs si nous abandonnons enfin les énergies fossiles coûteuses et passons à des solutions renouvelables pour le chauffage et les transports.

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En règle générale, le PVL s’oppose aux interdictions. Or, il se mobilise aujourd’hui contre l’initiative « Blackout », qui vise à lever l’interdiction des technologies nucléaires. Pourquoi ?

C’est faux. Il n’y a pas d’interdiction des technologies en Suisse. Dans notre pays, on mène des recherches dans le domaine de l’énergie nucléaire. Mais nous sommes contre les éléphants blancs !

Pourquoi le PVL s’oppose-t-il à la levée de l’interdiction de construire de nouvelles centrales nucléaires ?
Avec l’initiative « Blackout » et son contre-projet, on reconstruirait exactement les mêmes centrales nucléaires que celles que nous connaissons déjà aujourd’hui. Elles laisseraient derrière elles encore plus de déchets nucléaires hautement radioactifs pour des dizaines de milliers d’années, alors que nous ne disposons même pas encore d’un site de stockage sûr pour les centrales actuelles. Pour ces déchets nucléaires supplémentaires, nous devrions évaluer d’autres sites destinés à des dépôts en profondeur.

À cela s’ajoute le fait que l’extraction de l’uranium est tout sauf propre. Mais surtout, nous ne pouvons pas nous prémunir contre le pire : une catastrophe nucléaire majeure. Il subsiste ici un risque résiduel qui ne peut être couvert par aucune assurance. La nouvelle génération de centrales nucléaires sans déchets dangereux, sans risque résiduel et sans lien avec les armes nucléaires, dont on parle sans cesse, est encore loin d’exister. Pourquoi donc devrions-nous vouloir des centrales nucléaires ?

Afin de combler les lacunes de production en hiver ?

De nouvelles centrales nucléaires arriveraient trop tard. Nous avons besoin dès maintenant de solutions sûres. De nouvelles centrales nucléaires seraient en outre trop coûteuses. Aucune entreprise ne construirait une nouvelle centrale nucléaire sans subventions massives et sans allègements en matière d’autorisations. Les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique et le développement des capacités de stockage bénéficient d’un large soutien, sont déjà disponibles et fonctionnent. Les éléphants blancs ne fournissent pas d’électricité ! Nous devons nous concentrer sur ce qui est réalisable et mettre un terme à ces manœuvres de diversion dangereuses que sont les illusions de nouvelles centrales nucléaires.

Personne ne construit une nouvelle centrale nucléaire sans bénéficier de subventions de plusieurs milliards. En effet, quiconque effectue un calcul économique rigoureux doit, dans le cas de l’énergie nucléaire, prendre en compte les risques d’un accident majeur pouvant entraîner des dommages s’élevant à des centaines, voire des milliers de milliards de francs. Si l’on fait le calcul correctement, cela entraîne des coûts supplémentaires d’au moins 5 à 25 centimes par kilowattheure, ce qui fait grimper le coût de revient réel de l’électricité nucléaire jusqu’à 40 centimes. Même sans assurance, comme nous le constatons actuellement de manière frappante en Grande-Bretagne, les citoyens devraient ici aussi payer un prix exorbitant – que ce soit via la facture d’électricité ou par le biais d’impôts plus élevés.

Il y a 15 ans, Fukushima a marqué un tournant décisif dans la prise de conscience en Suisse.

Fukushima a profondément modifié l’opinion publique, mais aussi celle qui règne au Parlement. De la gauche au centre, en passant par le PLR, nous avons pris conscience que la technologie nucléaire actuelle n’a d’avenir ni sur le plan économique ni sur le plan écologique. Même un pays industrialisé moderne comme le Japon n’a pas su maîtriser les risques. Heureusement, nous ne sommes pas menacés par des tsunamis. Et grâce à de nombreuses mises à niveau, nos centrales nucléaires sont mieux préparées à faire face à de forts séismes que celles d’autres pays. Mais avant même Fukushima, j’étais déjà opposé aux nouvelles centrales nucléaires de la génération actuelle pour les raisons que je viens d’évoquer – et justement, cette nouvelle génération n’existe tout simplement pas !

Qui sont ?

Outre les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, les systèmes de stockage et la coopération avec l’UE, un certain risque hivernal pourrait subsister lors d’années marquées par des conditions météorologiques extrêmes, en cas de pénuries d’approvisionnement à l’échelle internationale ou en cas de guerre. Mais si nous avons effectivement abandonné les énergies fossiles et atteint la neutralité carbone, je considère qu’il est donc acceptable, lors des hivers rigoureux à partir de 2040 ou 2050, de mettre en service pendant quelques jours ou quelques semaines des centrales à cycle combiné au gaz, c’est-à-dire des GUD. D’ici là, celles-ci pourraient fonctionner progressivement avec des gaz renouvelables ou du méthanol renouvelable. Et ce, à un niveau de prix où les coûts de production en hiver seraient acceptables. C’est précisément parce que le prix de l’électricité devrait être plus élevé pendant la période de pénurie hivernale qu’une centrale GUD pourrait alors même constituer un projet rentable.

À propos de la rentabilité. Vous dites qu’il faudrait des subventions de plusieurs milliards. À combien s’élèveraient-elles ?

D’après mes calculs, les subventions devraient s’élever à au moins 60 %. De plus, elles devraient être accordées dès la phase de planification. Des études récentes vont dans le même sens.

Et l’assurance des risques ?

En cas de séisme majeur, nous craignons des dégâts pouvant atteindre 50 milliards de francs. En revanche, un accident nucléaire en Suisse entraînerait des dégâts réels s’élevant à plusieurs centaines de milliards, voire plusieurs milliers de milliards. En cas de catastrophe nucléaire majeure, personne ne serait en mesure d’en supporter les coûts, car de vastes zones risqueraient de devenir inhabitables pendant une longue période. C’est un risque qui doit tous nous inquiéter.

Était-ce là le mot de la fin ?

Je conclurais plutôt ainsi : pour toutes les raisons évoquées, la sortie progressive du nucléaire reste la bonne décision et revêt une importance capitale. Le débat actuel sur la construction de nouvelles centrales nucléaires est d’autant plus absurde que les alternatives sont déjà sûres, finançables et susceptibles de rallier une large majorité – et qu’elles sont prêtes à être mises en œuvre. Prenons l’exemple de l’énergie solaire, qui a été développée de manière si importante par les particuliers et les entreprises en quelques années seulement qu’elle couvre aujourd’hui déjà 15 % de la consommation annuelle d’électricité. Cette tendance doit se poursuivre et être complétée par un développement massif de l’énergie éolienne.

Mais d’un point de vue climatique, les centrales nucléaires seraient tout de même une bonne chose, n’est-ce pas ?
C’est vrai, mais seulement dans une certaine mesure. En termes d’émissions de CO₂, les centrales nucléaires obtiennent de meilleurs résultats que les installations de production à combustibles fossiles. Mais l’extraction de l’uranium, le retraitement des barres de combustible et leur stockage comportent justement des risques élevés et d’autres inconvénients. Il ne faut pas échanger un mal contre un autre. De plus, les coûts de l’approvisionnement énergétique diminueront globalement pour les consommateurs si nous abandonnons enfin les énergies fossiles coûteuses et passons à des solutions renouvelables pour le chauffage et les transports.