Céline Weber : Souverains, pas isolés

Céline Weber : Souverains, pas isolés

« Les accords sont un gain de souveraineté »

Que signifie pour vous une Suisse forte au centre de l’Europe ?

Une Suisse souveraine et capable de décider pour elle-même. Cela implique par conséquent une Suisse présente à la table des négociations pour des décisions qui la concernent.

 

Quelle est la position du PVL vis-à-vis de la « Suisse à 10 millions » ?

Nous sommes contre l’initiative. Non pas parce que je souhaite à tout prix 11 millions d’habitants en Suisse, mais parce qu’elle introduit un plafond rigide dans la Constitution. Pourquoi ce nombre spécifiquement et pourquoi maintenant ? Qui suis-je pour imposer un tel nombre à des régions du pays qui ne voient aucun problème à se densifier, ou encore aux générations futures ? J’ai du mal à accepter l’idée que la Suisse d’aujourd’hui est censée en être la meilleure version et qu’il faut la figer dans la Constitution. De plus, l’initiative mettrait en danger les accords bilatéraux avec l’Union européenne et notamment la libre circulation des personnes.

 

La croissance démographique inquiète néanmoins de nombreuses personnes.

Je ne nie pas que la croissance démographique pose un certain nombre de défis, mais ce n’est pas en imposant un seuil arbitraire et inflexible dans la Constitution, que nous allons régler le problème. Notre Parti propose au contraire des solutions pragmatiques pour mieux employer la main-d’œuvre dont nous disposons déjà dans le pays, comme des incitatifs à travailler au-delà de l’âge de la retraite lorsque cela est possible, ou d’augmenter le taux d’activité des temps partiels.

 

La Suisse s’engage en Europe également dans la politique de sécurité, comme c’est le cas au Kosovo. Pourquoi est-ce important et est-ce compatible avec la neutralité suisse ?

La Suisse est au cœur de l’Europe, on ne peut pas déménager. Il faut être clair : on profite actuellement, grâce à notre position géographique, de l’architecture de sécurité européenne. On peut continuer à se dire qu’on ne court aucun danger parce que les autres pays nous protègent de facto, mais pourquoi le feraient-ils éternellement si on ne fait pas notre part ? Nous devons veiller à ne pas devenir le passager clandestin de la sécurité en Europe.

 

Quant à la neutralité, cela est absolument compatible. Ce sont des engagements de maintien de la paix, qui remplissent une mission définie par l’ONU. Cela ne contrevient en rien à notre neutralité.

 

Les voix critiques craignent une perte de souveraineté en cas de rapprochement avec l’Union européenne. Comment voyez-vous la chose ?

Je vois plutôt un risque pour notre souveraineté si nous nous éloignons de l’UE. Il ne faut pas rêver : nous sommes un petit pays avec un petit marché intérieur. Déjà aujourd’hui nous reprenons énormément de normes de l’UE pour pouvoir exporter sans entrave, sauf que nous n’avons aucun droit de regard sur l’élaboration de ces normes. Les nouveaux accords bilatéraux nous permettront de participer aux discussions avec les autres pays européens, et sont donc un gain de souveraineté. Isolationnisme et souveraineté ne sont pas la même chose. Il ne suffit pas de s’auto-proclamer souverain pour l’être.